Petit bonheur numéro soixante-dix-neuf : dessiner dans la purée

Ce petit bonheur là fait des volcans et aussi des cratères.

« Au menu ce midi, c’est purée saucisse« .

A peine la phrase prononcé que Monsieur a levé des yeux de gosses vers Mademoiselle… « C’est vrai? »

Mademoiselle hausse les épaules en souriant. Elle connait par coeur ce regard gourmand de Monsieur, celui qui n’ose pas vraiment y croire et qui pourtant aimerait bien que ce soit effectivement vrai. Le même quand elle lui dit « J’ai fait un gâteau » ou « il y a de la crème vanille pour le dessert« .

Dans la casserole, les pommes de terre tressautent et s’ébouillantent. Le moulin à purée est déjà prêt, le lait tiédit sagement dans une casserole au coin du feu. En soufflant sur ses doigts brulés, Mademoiselle tente de déshabiller les tubercules, plantées au bout d’une fourchette. Puis elle lâche les gros quartiers de chair jaune dans le presse purée et active la manivelle. Des filaments paille tombent dans le saladier tandis que la pomme de terre disparait sous le mécanisme de métal. Rien ne se perd, tout se crée.

Monsieur traine déjà dans la cuisine, les doigts à l’affut des restes de patate écrasée coincée dans le moulin, pendant que Mademoiselle laisse le lait se creuser un chemin au milieu de la purée. La cuiller en bois l’aide un peu, caressant la montagne jaune, y creusant un petit puits pour le beurre. Et puis une noix de muscade et la touche secrète de Mademoiselle : un peu de persil.

Dans la poêle chaude, Monsieur fait revenir les saucisses. Il s’applique à bien les faire rouler, colorant chaque côté des chipolatas. Ca crépite, ça tache la hotte et repeint le carreau blanc de la cuisine.

Dans les assiettes, Mademoiselle dispose deux cuiller en bois chacun de purée fumante. Puis monsieur ajoute une saucisse près du tas jaune. Reste ensuite le plus délicat. Avec le dos de la grande cuiller, il creuse un petit volcan, sans trop appuyer : il doit toujours rester un matelas de purée. Mais il faut que cela soit assez profond pour que le jus reste au coeur. Il arrondit les angles avec le bord rond de la cuiller, puis, à la fourchette, dessine des rayures sur les bords.

Ensuite, toujours aussi appliqué, il verse un peu de jus des chipolatas au creux de la petite montagne. Et renouvelle l’opération avec la seconde assiette. Puis, attablés devant leur purée-saucisse, les deux cuistos se regardent en souriant.

« A l’attttttttaque »

Un coup de fourchette bien placé en haut du cratère et…

Le Piton de la fournaise déverse sa lave incandescente dans l’assiette. la saucisse tente d’y échapper, mais elle ne va pas assez vite. Elle est engloutie par le magma en fusion. Et c’est un vrai petit bonheur.

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