Petit bonheur numéro soixante-dix-huit : avoir du courrier

Ce petit bonheur là est une jolie surprise.

Ce soir, en rentrant du travail, le sac dans une main, les dossiers dans une autre, le cintre de la veste récupérée chez le teinturier au bout du petit doigt, on approche de la boite aux lettres dans le noir, entre les flaques, dans un travail d’équilibriste digne des artistes du cirque installé sur le parking du supermarché.

La clé est au fond de la poche… évidemment. La main qui tient le sac tente de le remonter jusqu’à l’épaule et les doigts cherchent l’anneau du porte clé dans les recoins du velours gris. Rien à faire. Le dossier passe donc de la main gauche à la bouche, serré entre les dents, pendant que la main libre s’enfonce cette fois-ci sans hésiter au fond de la dite poche. Bonne poche… euh… pioche.

Les clé en main, les dents serrées (mais pas trop pour ne pas non plus mettre la marque des crocs sur le papier et en gardant la langue loin au fond de la gorge pour ne pas avaler d’encre), on ouvre enfin la petite boite sournoise. Deux prospectus, un catalogue. Et puis une petite enveloppe, sans timbre, sans adresse. Juste une inscription en haut à gauche « A nos gentils voisins ». Et au dos : Lucette et Georges.

Là, débute la torture. On aimerait bien ouvrir la lettre, mais avec une seule main, dans le noir quasi complet, le sac béant menaçant de tomber, ce n’est pas des plus prudent, ni des plus pratiques, il faut bien l’admettre. Alors, au pas de course, nous voilà dans l’entrée. Les clés lâchées dans le vide poche, le sac jeté sur le fauteuil, les dossier marqué par les canines rangé sur la table du salon et les prospectus passés directement de la case boite aux lettres à la case boite à ordure.

Tout en défaisant le manteau, nous voilà déjà en train de décacheter la mystérieuse enveloppe. Au poids, on dirait qu’il y a au moins deux papiers. Au touché, les feuilles semblent y être pliées en quatre.

Enfin, l’enveloppe s’ouvre. A l’intérieur, trois petites feuilles arrachées à un cahier d’écolier, pliée soigneusement en suivant les lignes. Sur la première, une main appliquée à écrit « Gâteau Mamie, très bon, facile ». S’en suit une recette en quatre étapes, effectivement facile semble t-il. Sur la deuxième feuille « Baba au rhum ». Et sur la troisième « Le secret de ma Mousse au chocolat ».

Un grand sourire mange le visage. En fermant les volets, l’enveloppe toujours à la main, on jette un coup d’oeil à la maison voisine. Derrière les rideaux, on aperçoit la télévision allumée et une lumière à la fenêtre du garde manger. La grand même est en cuisine. Sur le canapé, la silhouette du grand père. Les voilà les expéditeurs de ce courrier qui nous touche en plein coeur. Et c’est un vrai petit bonheur.

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