Petit bonheur numéro soixante-deux : embrasser Mamie

Ce petit bonheur là pique un peu des fois, mais tant pis.

Aujourd’hui, on rend visite à Mamie. Mamie nous attend de pied ferme, le café et les gâteaux déjà prêts sur des plateaux, le joli service bleu disposé sur la table basse du salon.

En passant, on a pris quelques fleurs. Mamie aime les tulipes. On les a pris roses et blanches.

A peine le doigt presse t-il la sonnette que Mamie se précipite. Oubliée la fatigue de la semaine, oubliées les années qui pèsent sur ses épaules, elle se jette sur la poignée. Ses cheveux si bien peignés sont en désordre dans le courant d’air. « Entrez vite, il fait meilleur dedans« .

Mamie a mis sa jupe noire et son joli chemisier blanc. Elle a mis un foulard à son cou et sa petite montre ronde, celle de ses 20 ans. Elle a mis son rang de perle, dont on ne saura jamais si ce sont des vraies ou des fausses. Et puis elle a mis ses escarpins noirs sur son collant foncé. Mamie s’est faite belle. Elle porte son rouge à lèvres beige et a ourlé ses yeux verts d’un trait marron. Ses joues sont toutes roses, ses mains toutes fraiches. Elle prend les fleurs en souriant « des tulipes, mes fleurs préférées » et s’empresse de les mettre dans un des vases ronds choisis avec soin dans le vaisselier.

Et puis Mamie nous fait passer au salon. Elle s’efface sur le passage, pour laisser passer. Et timidement, tend sa joue. Mamie sent la vanille et le printemps, la tarte aux pommes et la cannelle. Alors, doucement, comme s’il s’agissait d’embrasser un parchemin froissé, un tissu tout près de se déchirer, on approche les lèvres. De près, sa peau est comme le grand canyon, creusée de rivières près des yeux, creusée de soleil aux tempes, bosselée aux pommettes d’avoir tant sourit. Mamie est belle. Les lèvres s’appliquent avec précaution sur sa peau tannée. Ca pique un peu parfois. Pas aujourd’hui. Mamie est un monde, une histoire, une époque. Mamie c’est nous dans 50 ans, 60 peut être. Et à l’oreille, tandis que les lèvres quittent sa peau, on murmure : « Bonne fête Mamie ». Mamie sourit. Et c’est un vrai petit bonheur.

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2 réflexions sur “Petit bonheur numéro soixante-deux : embrasser Mamie

  1. C’est à mon tour d’être mammie, Manou plus exactement. Et je savoure ce moment où je sens des petits bras autour de mon cou accompagner un gros poutou-poutou sur mes joues (pas encore trop ridées et qui ne piquent pas ;-).

    • Mamie? c’est encore plus de baisers sur les joues ça… Et bien oui, ceux des enfants, ceux des amis, ceux du mari et ceux maintenant des petits enfants! Vous allez voir si à ce rythme là elles ne vont pas se plisser un peu plus vite! Pour autant, si chaque ride témoigne d’un baiser ou d’un sourire, je vous en souhaite des centaines…

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