Petit bonheur numéro soixante et un : casser un oeuf

Ce petit bonheur là hésite : au bord du saladier ou contre le plan de travail…

Mademoiselle fronce le nez. Dans le placard de l’entrée, les livres de cuisine s’alignent : Déjeuner pas cher, Menu à 10 euros, Cuisine très facile, le Meilleur des chefs de chez nous, les tajines, les tartes salées… Non, ça ne va pas. Mademoiselle plisse les yeux, les sourcils se rapprochent, les rides se dessinent.

« Oh et puis non, ce midi pas le temps. Ce sera un oeuf ».

Mais c’est tout un art de casser un oeuf. On ne se lance pas comme cela, à la va vite. Non. Il faut d’abord choisir dans la boite verte estampillée BIO l’oeuf numéro 0.

L’oeuf à la main, Mademoiselle attrape un cul de poule et rigole toute seule de l’ironie du sort. Le fouet à portée de main. Allons y. La main caresse la coquille ovale, la serre au dessus du saladier. Elle a beau y mettre toutes ses forces,  Mademoiselle n’arrivera pas à écraser le calcaire. Faux départ.

Bref. Encore une fois. Allons y.

Mademoiselle s’apprête à frapper. Mais au dernier moment, la main s’arrête. Cul de poule ou plan de travail. Maman aurait dit plan de travail. On ne sait jamais, si une coquille glisse… Mais le plan de travail est propre et Mademoiselle a un peu la flemme de repasser un coup d’éponge après.

Allez, advienne que pourra. Cul de poule.

La coquille s’écrase sur le bord du plat. Le blanc glisse doucement. Mademoiselle arrête le jaune juste à temps, comme ça, parce qu’elle aime bien. Et puis finalement, elle le laisse couler à son tour, même pas crevé, au fond du plat. Elle saisie le fouet quand… Horreur. Un petit bout de coquille blond apparait au fond du saladier. Pas le choix, il faut y mettre les doigts. L’index d’abord. Mais la coquille s’échappe. Le pouce et l’index alors. La coquille file, s’échappe, elle semble à portée de doigt mais elle refuse de retrouver la surface. Mademoiselle s’agace tant et si bien que la main toute entière dans l’oeuf, elle parvient enfin, les doigts dégoulinants, à récupérer l’intruse.

Reste donc à fouetter, fermement. D’autant plus fermement que maintenant, Mademoiselle est énervée. Et puis le tout dans une poële bien chaude. Une noisette de beurre finie de fondre. Elle jette son oeuf dans sa mini poële. Ensuite, c’est à la cuiller en bois de travailler. On remue sans cesse, on fait des vagues. L’alchimie est précise : il faut que le tout durcisse en restant humide, un peu mouillé même. Une pincée de sel, un tour de poivre. Et le petit bonheur est prêt à déguster.

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