Petit bonheur numéro quarante-six : retour dans la cour de l’école

"Qu'est ce que tu crois, moi aussi j'ai joué à la marelle il y a... euh... bref moi aussi j'ai joué"

« Qu’est ce que tu crois, moi aussi j’ai joué à la marelle il y a… euh… bref moi aussi j’ai joué »

Ce petit bonheur là a le goût de l’enfance.

Aujourd’hui, il faut aller chercher une cousine/ une fille/ une nièce, à l’école. On est vendredi, il est 16h15 et une douzaine de parents (essentiellement des Mamans d’ailleurs) patientent depuis déjà dix minutes devant les grilles. Mademoiselle est un peu en avance, elle ne voulait pas être pointée du doigt par la maitresse et encore moins par sa soeur, qui, pour une fois, lui a demandé de récupérer « à 16h30 précisément » la petite fille –« tu sais, ta nièce, celle qui a deux couettes, le nez de son père et les yeux de Maman et qui accessoirement répond au nom de Charlotte ».

Alors, sagement, Mademoiselle patiente. Les autres parents la pointent du menton en parlant à voix basse. Mademoiselle se sent obligée de préciser :  » Je suis la tante de Charlotte, en CE1″. Rassurés de mettre un nom sur le visage de l’intrus, les conversations reprennent sur les nez qui coulent, l’épidémie de gastro du mois dernier, et surtout, la chasse au responsable de l’attaque de poux chez les grandes sections –« sans doute le petit Paul, ces parents sont un peu aux abonnés absents » (ndlr : abonnés absents (dans ce cas précisément) : lorsque les deux parents travaillent).

Soudain, venue de nulle part, une cloche retentit. Suivie, immédiatement après, par un cri digne de celui poussé par les envahisseurs Vikings lorsqu’ils ont débarqué de leurs drakkars pour envahir Paris aux abords de l’an 900. Une vague de pointure 24 à 35 déferle en hurlant vers la digue des parents. Certains se jettent dans les bras d’un Papa, d’un Papi, d’une Nounou. D’autres trainent des pieds en apercevant un petit frère resté à la maison pour cause de rhume. Un petit gars montrent tout fier à sa mère le livre choisi à la bibliothèque. Mais toujours pas de Charlotte.

Mademoiselle la cherche des yeux, sur la pointe des pieds. Au loin, dans la cour, un groupe de petite fille jouent. Au milieu d’elles, deux couettes et le nez de son Papa. Charlotte. Mademoiselle s’approche. Charlotte est en train de battre son record à la corde à sauter. Raté. Mademoiselle sourit : je peux essayer? 1, 2, 3, on croise les bras, 6, 7, 8, 9, 26, 34, 35, 36… Les pieds et les bras ne veulent plus se coordonner. Mademoiselle n’ira pas plus loin. « Tu veux essayer la marelle aussi? » Allons y pour la marelle : le galet tombe sur le 7. Cloche pied, cloche pied, deux jambes, cloche pied, attention, on saute le 7, deux jambes et CIEL. Gagnée. Les autres fillettes sortent du sac un élastique. « Et ça aussi tu sais faire?« . Mississippi, Mississippi, Mississippi. Oui, ça aussi elle sait faire.

La maitresse tape sur l’épaule de Mademoiselle. « Excusez moi, vous n’êtes pas censée être dans la cour. Vous êtes? »…

Le feu aux joues, un peu par honte, un peu par faute de l’exercice, Mademoiselle tend la lettre de sa soeur à la maitresse. Elle attrape la main de Charlotte : « Dis Tata, on jouera encore à la maison?« . Et ça aussi c’est un vrai petit bonheur.

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