Petit bonheur numéro quarante-quatre : regarder les lumières s’allumer

"Tiens, lui il se met les doigts dans le nez..."

« Tiens, lui il se met les doigts dans le nez… »

Ce petit bonheur là est tellement rassurant…

Ce soir, la nuit tombe quand je sors du bureau. En frissonnant, je remonte mon écharpe jusque sur mon nez. Avec le soir, le froid est plus mordant. Il n’y a pas long à marcher pour atteindre la voiture, quelques centaines de mètres. Mais dans le froid, dans le soir, et dans la fatigue, à chaque pas parcouru, le but semble s’éloigner. La promesse pourtant d’un feu de bois, d’un diner au chaud à la maison fait accélérer le pas.

Et, par hasard, le nez levé, les yeux attrapent la première fenêtre rencontrée. La lumière derrière le rideau dessine un halo jaune dans la façade grise. Une dame, assise devant la télévision, semble sourire. Juste en face, de l’autre côté de la rue, un homme se penche à la fenêtre, derrière lui, une voix l’interpelle dans la cuisine, entraperçue tandis qu’il saisit de part et d’autres les volets de bois. Encore quelques pas, et ce sont trois enfants qui se disputent derrière la porte fenêtre d’une maison de ville. Puis une chambre étudiante, au troisième étage d’un petit immeuble. Juste en dessous, sa voisine fume au carreau. Et juste à droite, son voisin fait du vélo d’appartement. Un autre arrose ses plantes. Elle ne le voit pas, l’étudiante du troisième. Elle, lit, assise sur le rebord de la fenêtre.

C’est presque un théâtre de rue, un spectacle d’ombres chinoises, des vies qui se racontent dans chaque embrasure, derrière chaque carreau. Une lumière qui s’allume et c’est comme à la télévision, la vie des autres qui défilent.

Le pas ralentit dans la rue. Le nez reste accroché en l’air, à ses bulles de lumières, à ces histoires que je me raconte en observant ces petites silhouettes découpées entre les vitres et les rideaux. C’est très indiscret. C’est tellement rassurant. Toutes ces vies que je ne connaitrais jamais, ces gens dont j’ignore jusqu’au prénom -parfois un nom sur une boite aux lettres, un initiale, leur donne le temps de quelques pas, une identité.

Voiture en vue. Dans 20 minutes, j’allumerai la lumière. Et je ne fermerai pas tout de suite les volets. Ce sera mon tour de laisser aux autres le soin de deviner. Et c’est un vrai petit bonheur.

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