Petit bonheur numéro quarante-deux : poser la cuiller en équilibre sur la tasse

Ce petit bonheur là demande pas mal de concentration… et de temps à perdre.

C’est l’heure de la pause. Ce n’est pas parce qu’aujourd’hui c’est RTT que je vais faire l’impasse sur mon petit bonheur quotidien : le déca de 17h. Un petit plaisir qui d’habitude est versé par une machine contre 35 centimes dans un petit gobelet blanc en plastique. Mais il est encore meilleur quand il est servi tout fumant dans un joli bol en porcelaine.

Pas de sucre, inutile. Le déca est d’ailleurs très léger, juste deux petites cuillers dans trente ou trente cinq centilitres d’eau. L’eau bouillante fait siffler la bouilloire. En épousant la poudre noire, elle se teinte, elle brunit, et voilà l’eau bronzée qui fume.

La petite cuiller n’est plus utile. Mais invariablement, quand il s’agit d’un bol en porcelaine, elle reste là, juste au bord. La main joue avec le manche glacé, si froid contre cette tasse brulante. La main touille un sucre imaginaire, remue le café et crée des remous  dans un lac brun d’où s’échappe la brume parfumée.

Distraitement d’abord, les doigts titillent le métal argenté. Et puis, de plus en plus concentrés, s’appliquent à trouver le point d’équilibre. Ce petit point imaginaire qui ferra tenir la cuiller en parfait funambule, quelques centimètres au dessus de l’eau d’un côté, une dizaine de centimètres au dessus de la table de l’autre. Le versant de la cuiller affleure le café, puis bascule. On recommence. Cette fois, on y était presque. Mais rien à faire, le manche cède à la tentation du plongeon. Il tremble dehors, il ne veut pas sortir du bain.

Mais il faut vraiment que j’ai du temps à perdre et il se trouve que je suis d’une abnégation à toute épreuve quand il s’agit de procrastination.

On reprend. La cuiller est bien placée. Les doigts lâchent l’emprise, un par un. Ne reste que le pouce et l’index. Ils s’écartent. Reviennent immédiatement. Et s’écartent de nouveau. La cuiller ne bouge plus. Elle est juste là, en équilibre parfait. Le café est froid. Mais ce petit bonheur valait bien le sacrifice d’un déca brulant.

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