Petit bonheur numéro trente-sept : la boîte à boutons

Ce petit bonheur là est tout en farfouillage.

Ce matin, c’est la course. Et quand c’est la course, rien à faire, rien ne va, rien ne se passe comme prévu.

On est en retard, on attrape son portefeuille, on cherche désepérément ses clés, on court, on recourt, on revient sur nos pas, on se presse et… scratch…

Catatstrophe. Le bouton de la manche gauche n’a pas suivi le rythme. Et le voilà, gisant quelque part, au milieu des gravillons, décousu violemment du pardessus. Le bouton a succombé à une serrure un peu trop proéminente et un mouvement un peu trop brusque. On a beau cherché, le petit bouton a disparu, englouti dans la marée des graviers. Tant pis pour ce matin, le pardessus restera borgne de la manche gauche. On verra ce soir.

Le soir venu, devant la télévision, vient le moment de suturer la plaie cotonneuse béante. La boite à couture installée sur la table basse ouvre son gros ventre. Dans le premier tiroir, des dizaines de bobines, de toutes les couleurs, de toutes les matières. Des fils de coton, des fils de soie, des fils rouges, bleus, et verts, noirs et blancs, et même un joli fil or. Dans le deuxième tiroir, des aiguilles de toutes tailles, des petits ciseaux, des épingles de toutes sortes. Et puis vient la cachette du petit bonheur : le troisième tiroir. Des centaines de boutons. Des boutons nacrés, des boutons dorés, des boutons blancs et des boutons vichy, des gros, des petits, des moyens, des pressions, des ronds, des carrés, des fantaisies et même des petits nounours. La main hésite. Elle aligne les trésors. Le pardessus gris pourrait tolérer une fantaisie bleue. Ou même rouge. Ou vert pomme. D’autant que sur l’autre manche, pas de bouton mais un zip. On peut tout se permettre. Les uns à côté des autres, les morceaux de plastiques défilent.

Rien qu’à plonger la main dedans, on frisonne de plaisir. C’est comme enfoncer sa main dans un sac de sable. C’est comme rejouer à Amélie Poulain, les lentilles en moins.

Ce sera un bouton rouge. La couleur trouvée, il faut encore décider de la forme… Carrée? Ronde? Deux ou quatre trous? Une quinzaine de boutons rouges différents reste sur la table. Allez, a pour carré. N’en reste que 2. Une chance sur deux de parader sur le manteau, de sortir respirer l’air d’hiver, de s’afficher toute une saison et peut être même plus sur la manche gauche de mon joli pardessus. Rouge, carré, quatre trous. Et voilà, j’ai choisi. Reste, un petit bout de langue sorti, le fil soigneusement enfilé dans le chas. Les autres trésors retrouvent la boite, en attendant un prochain trou, un prochain accrochage. Dans une semaine, 6 mois, un an… On rouvrira alors l’hôpital des coeurs nacrés brisés. Et  ce sera un nouveau petit bonheur.

"Miss bouton 2013 est..."

« Miss bouton 2013 est… »

 

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