Petit bonheur numéro trente-six : ouvrir son parapluie

Ce petit bonheur là se savoure bien au sec.

Il pleut. On ne pas dire que cela surprenne Mademoiselle. Déjà hier, la météo n’était pas optimiste. Et ce matin, dans la voiture, la météo n’avait pas revu son jugement : « les nuages ont gagné la bataille, le soleil capitule pour aujourd’hui. Pas d’interruption de la pluie de la journée, il devrait tomber 30 mm d’eau aujourd’hui ».

Alors forcément, à midi trente huit, quand elle a franchi la porte du bureau pour aller déjeuner, on s’attendait un peu à recevoir quelques gouttes sur les lunettes. Le collègue s’engouffre ruisselant dans le hall, l’eau dégouline sur son crâne chauve, la buée couvre ses verres optiques, son manteau ressemble à un drap froissé sorti de la machine : « et bien, qu’est ce qu’il tombe ». Bravache, un autre hausse les épaules et se jette sous la pluie en criant « Après moi le déluge ».

Vient le tour de Mademoiselle d’affronter les éléments. Mademoiselle, souriante, ouvre grand son sac de Mary Poppins. Derrière l’agenda, entre le paquet de mouchoirs et le tube de baume à lèvre, juste à côté du stylo quatre couleurs et du bloc, une petite housse minuscule. Une petite housse zébrée, soigneusement zippée. Mademoiselle dézippe et libère de son carcan un magnifique parapluie. Sa toile imperméable s’étire, se défroisse, prend ses aises. Le tissu plastifié sort de son long sommeil et s’agite doucement tandis que Mademoiselle tire le long manche rétractable. A peine enclenché, et la toile sursaute, et la toile se dresse. Le parapluie sait à quoi s’attendre. Il est prêt à jouer les sauveurs, près à tout prendre sur lui pour éviter à Mademoiselle les affres d’une météo capricieuse. Le parapluie et Mademoiselle franchissent la porte. Les gouttes ruissellent, frappent la toile sans ménagement. L’eau attaque de toute part, sans trouver prise. La ligne de front ne progresse pas, le parapluie ne cède pas un pouce de terrain. Et sous la toile zébrée, Mademoiselle, tout sourire, évite les flaques qui bouillonnent et les auvents en toile déversant leurs lacs gelées.

Prête à affronter le ciel en colère, elle traverse en sautillant les rues. Elle est à l’abris, l’eau frappe à sa toile, et elle fredonne sans craindre l’éclaboussure d’une goutte téméraire. Et c’est un vrai petit bonheur.

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