Petit bonheur numéro trente-trois : mettre des gâteaux secs dans l’assiette

Ce petit bonheur là croque.

17h approche. Le déjeuner n’est pas si loin, d’autant que le samedi, il prend ses aises et a tendance à attendre le début d’après midi pour sonner l’offensive des couverts. Il ne fait pas faim. Et de ce côté si de la Manche, le thé n’a pas son heure exclusive.

Il n’empêche. Il est 16h56 et depuis 20 minutes, une petite voix murmure dans le fin fond du cerveau : « on se prendrait pas un petit thé? »

En soit, le thé n’est pas important. Néophyte que nous sommes (et un peu sacrilège), il se résume à un sachet dans un mug d’eau chaude. Mais à peine la bouilloire enclenchée, il faut bien s’occuper les mains. Et garnir accessoirement le plateau.

L’air de rien, la main se balade. La main fait mine de ne pas y toucher. Mais la main se rapproche. Et joue la surprise quand elle découvre, sur l’étagère du haut, le paquet de gâteaux secs… « Tiens, je ne me souvenais même plus qu’il était là… »

Tu parles.
La main se ment comme elle respire. C’est à dire beaucoup. Depuis 15h 37 elle envisageait déjà de saisir ces biscuits. Elle corrompait le cerveau -bien faible quand il manque de sucre- et immisçait l’idée aux dents d’un petit truc à se mettre sous elles (les dents)…

Le cérémonial peut commencer.

Dans les jolies assiettes grises à bord rouge, la main perfide -pour une fois que ce n’est pas l’Albion qui écope de l’adjectif, bien que l’exportation même de la coutume du Tea Time soit pour beaucoup dans ce dérapage biscuité- dispose soigneusement quelques biscuits. Soit disant pour ne pas emporter la boite. Soit disant pour faire joli. Et c’est vrai que c’est encore plus tentant comme cela. Ce soin dans l’alignement de la gourmandise, ce détail dans le décor des petits ronds de pâtes sablées parfumés à l’orange ou au chocolat. Sans l’assiette, les gâteaux nus sur le plateau auraient un air de culpabilité. Dans l’assiette, la gourmandise s’assume et se délecte.

Puis, la bouilloire siffle. La main verse alors l’eau sur un sachet. L’eau se teinte. Le plateau part au salon.

Et, preuve ultime de la perfidie de la main, elle attrape la tasse et la repose aussitôt : « Trop chaud ». Alors en attendant, elle saisi un gâteau. Puis un deuxième. Puis un troisième. Puis un quatrième. Quand la main revient au thé, il est froid. « Et mince… »

Pour se consoler, elle attaque le dernier biscuit. Puis le doigt humide vient ramasser les dernières miettes. Elles collent sur la phalange, souvenirs éparses d’un petit moment de bonheur.

 

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