Petit bonheur numéro trente-deux : aller à la gare pour rien

" Et pour aller encore plus loin, c'est quel quai?"

 » Et pour aller encore plus loin, c’est quel quai? »

Ce petit bonheur là commence dans le bruit.

Le bruit des gens qui s’agitent, qui courent à travers le hall, qui bousculent sans ménagement le passant un peu trop long à s’écarter. Les « Attention! « , les « Pardon! », les « Mais poussez vous bon sang! » fusent. L’horloge, sans y prêter gare, égraine les secondes. La traversée des quais ressemble à un parcours du combattant. On dirait l’autoroute du sud le 15 août. Sur le marche pied, une vieille dame peine à hisser sa valise, un jeune homme saisi la poignée, la soulève l’air de rien et la range dans l’un des casiers. Derrière la vitre, des mains s’agitent. Sur le bord de la ligne jaune, des baisers s’échangent. Dans les oreilles, des recommandations. Des promesses.

Derrière la borne, je ne suis là que pour retirer un billet. Pas de départ ce jour, pas de valises, pas d’effusion. Pas d’angoisse du retard ni d’enthousiasme du voyage. Pas de magazines qui débordent du sac et d’écouteurs qui glissent de la poche.

C’est dans ces moments là que la gare se savoure. Dans cet instant où le voyage se prépare. Dans les affichages des destinations, les possibles se croisent. Les destins se dessinent. Voie 1, le monsieur part à Perpignan. Voie deux, la dame prend la direction de Toulouse. Et sur la voie trois, le train de nuit vers Bâle… En dehors de cette effervescence, à la porte de ces voyages, spectatrice de ces trains de vie, l’imagination galope. Elle se raconte les histoires de ces gens, qui se croisent et se quittent. Elle suit des yeux le militaire, barda sur le dos. La religieuse. L’étudiant. Le jeune couple.

Dans la queue de la librairie, on paye sa tablette de chocolat ou sa revue pour le trajet. Dans la vitrine de la boulangerie, des croissants iront visiter le sud, le croque monsieur restera à quai. Sur la terrasse du café, le garçon encaisse un client qui a déjà oublié ce qu’il vient de boire. Un taxi attend, son ardoise à la main. Une dame se jette dans les bras d’une autre dame. Un vieil homme agite la main, puis tourne le dos et s’en va, en essuyant une larme.

Le panneau des destinations frissonne. Les numéros se mélangent. « Retard 5 minutes », « Quai neuf »,  » Voiture bar ». Simone annonce que le TGV n°6937 va partir. Attention à la fermeture des portes, attention au départ.

Et, métronome, gardien du temps, le chef de gare en uniforme siffle. Un mouvement du bras, un geste de la main. Le train s’ébranle.
La semaine prochaine, se sera différent. La semaine prochaine, j’aurais ma valise et je courrai après ce « scrogneugneu de scrognegneu » de train. La semaine prochaine, je serai dans le tableau des destinations. Ce sera déjà le temps d’un autre bonheur…

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