Petit bonheur numéro vingt-huit : aller au cinéma

Ce petit bonheur là est tout un art…

Je ne sais pas à quoi ressemble votre cinéma de quartier. Le nôtre est un ancien théâtre. C’est un de ces petits cinémas sauvés on ne sait comment et qui depuis cinquante ans hante le quartier de sa mémoire en pellicule.

Aller au cinéma, chez nous, ça se prévoit. Quelque jours avant, Monsieur et Mademoiselle consultent les programmes. Il n’y a qu’une séance ou deux chaque soir.

Dans la rue mal éclairée, les lampadaire grésillent. Un peu comme dans les vieux films, la lumière découpe les silhouette en noir et blanc. En noir et gris. Au guichet, l’ouvreuse distribue des billets de couleur. Jaune, plein tarif. Vert demi tarif. Rouge tarif abonné. Et puis elle indique la salle d’un mouvement de la main : « A gauche, première porte, pour la fosse, à droite prenez l’escalier pour les balcons ».

Deux billets jaunes en main, Monsieur et Mademoiselle prennent l’escalier.

Dans le couloir, les affiches étalent leur souvenir. Arletty. Jean Gabin. Bardot. Coluche. Dans les vitrines, un vieux phono, une caméra année 20, un film super 8. Le cinéma est désert. En attendant que le générique annonce le début de la séance, Monsieur et Mademoiselle s’émerveillent devant les curiosités.

Et puis le film va commencer. Dans la salle, les fauteuils bleus en cuir attendent. Il en faudra trois. Un pour Monsieur. Un pour Mademoiselle. Un pour les manteaux. La tête de Mademoiselle, paresseuse, glisse sur l’épaule de Monsieur. Le bras de Monsieur, protecteur, serre l’épaule de Mademoiselle. Dans la salle, on peut compter les spectateurs à la lumière de la bobine qui défile. Pas un bruit. Ici pas de pop corn, pas de soda. Juste les dialogues des acteurs et le cuir des sièges qui grince parfois.

Le temps s’est arrêté. Les histoires se racontent, sans pudeur, à cru devant la caméra. Le théâtre laisse l’actrice faire sa scène, le rideau rouge encadre l’écran.

Puis le générique défile. Dans le silence feutré, les corps s’étirent. Ne pas parler de suite. Attendre encore un peu, sans se regarder.

On se passe les manteaux, on enfile les bonnets. L’ouvreuse attend pour fermer le cinéma. Dehors, la vie continue. Et le bonheur est entre deux eaux, entre le film et la nuit, entre l’écran et la rue.

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