Petit bonheur numéro vingt et un : prendre un bain

"Est ce que si je reste une nuit entière, j'aurais le corps entièrement plissé?"

« Est ce que si je reste une nuit entière, j’aurais le corps entièrement plissé? »

Décidément, le mois de janvier traine ses guêtres glacées. Impossible de réchauffer mes os qui s’entrechoquent dans un tintamarre à la bal des squelettes.

A peine rentré(e) à la maison, vient le temps de la récompense. Ni une ni deux, les chaussures même pas délassées valsent au pied de l’escalier, le manteaux, les gants de cuir et l’écharpe atterrissent sans ménagement sur la patère. La porte de la salle de bain franchie, les chaussettes, le pantalon et le pull volent à travers la pièce.
Un tour à gauche pour l’eau froide, deux pour l’eau chaude. Le bouchon bien posé ferme hermétiquement la baignoire.

Pendant que l’eau monte, on peste. Il manque la musique. En petite nue, grelotant(e) encore davantage, on farfouille dans les playlists. Certains préfèrent un épisode d’une bonne série. Mais pas pour cette fois.

Puis il faut poser l’ordinateur sur la commode en bois, déposer la serviette sur le radiateur, approcher le shampoing et le savon…

Voilà, tout est prêt. Un orteil glisse dans l’eau chaude. Un deuxième suit aussi vite. Puis le pied tout entier.

C’est brulant.

Le frisson délicieux quand la jambe disparait dans l’eau, le corps se noie dans la vapeur. Nous y voilà. La vapeur étouffante nous plonge dans une douce torpeur. Le corps s’autorise à un relâchement complet. Les muscles s’étirent et les membres paressent, de plus en plus fripés à leurs extrémités. Comme dans un lit, l’apesanteur en plus.

La musique nous berce, le clapotis s’ajuste sur le rythme des violons. L’odeur du savon, de l’amande douce et du tilleul. A portée de main, une tasse brulante d’un thé à la menthe. Ou bien un verre de Jurançon.

Qu’importe qu’à la fenêtre, quelques flocons semblent encore perdus entre ciel et terre. Quand nous sommes perdus entre terre et eau. Qu’importe ce qu’il y aura au menu du diner. Qu’importe ce qu’on ferra de la soirée. Dans une bulle de savon, les pensées viennent de bric et de broc. Jusqu’à ce qu’épuisées, elles ne viennent plus du tout.

On glisse dans l’eau, jusqu’aux cils. Combien de temps tenir en apnée? Et puis on souffle la mousse. Tout sourire, on émerge du savon jusqu’aux yeux, du shampoing sur les joues.

Le petit bonheur est une bulle sur le nez.

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