Petit bonheur numéro vingt : inviter les parents à déjeuner

Ce petit bonheur là nous fait soudain sentir grand.

Petit(e), le déjeuner dominical était un rite sacré. Impossible d’y déroger. Les heures prenaient leur temps, tandis qu’à table, Maman apportait les plats. Toujours les mêmes ou presque. Champignons à la grecque. Pintade. Chou et navets. Ou bien cailles farcies. Ou bien bar au four. Salade vinaigrette. Fromage. Dessert. Les dimanches après midi étaient tous amputés, on sortait de table à l’heure du gouter.

Depuis, on habite bien loin. Et les déjeuners dominicaux ressemblent davantage à un repas de semaine qu’à une enfilade de plats façon mariage des années 30.

Sauf…

Sauf quand, une fois le trimestre, Papa et Maman s’invitent à la table.

Ce dimanche, nous serons quatre.

Depuis dix jours déjà, nous réfléchissons au  menu. Du poisson? Non. Une viande plutôt? Ou bien un ragout? Ou un plat unique? Peut être un poulet basquaise? Et en dessert?

A midi trente exactement, on frappe à la porte. Derrière  quelques fleurs, Maman. Une bouteille à la main, Papa. On s’embrasse, on propose de prendre les manteaux. « Il ne fait pas chaud par chez vous ». « Venez au salon, il fait meilleur ». Le feu crépite dans l’âtre. Papa attise les braises. Maman suit en cuisine.

La table est joliment dressée. Et sur le buffet, le bouquet de Maman trône désormais. L’heure est à l’inspection.

« Tiens, vous avez changé la housse du canapé? »

« Tu as fait rentrer beaucoup de bois cette année? »

« Ca sent drôlement bon… J’espère que tu n’as pas passé trop de temps en cuisine? »

Les verres s’entrechoquent. On trinque à pas grand chose. Au plaisir de les recevoir. D’inverser les rôles. Et puis les plats se succèdent. « Tiens, tu as fait des champignons à la grecque. Tu te souviens, j’en faisait souvent quand tu étais enfant… »

Entre deux bouchées, on prend des nouvelles. Des grands parents qui vieillissent. De la petite soeur qui termine ses études. Du grand frère qui est parti vivre « à la capitale ». Ce sont les mêmes plats ou presque. Ce sont les mêmes convives ou presque. Et pourtant. Quelque chose a changé. Vingt ans ont passé.

Le dessert apparait sur la table. Et puis le café. L’après midi est largement entamé. Quelqu’un propose une promenade  :  » Pour digérer, tu cherches à nous engraisser… Tu sais, ta mère et moi on n’a plus l’habitude de manger autant ».

Cette tendresse infinie d’un dimanche qui traine, tandis que dans le quartier, les autres familles font de même. La même petite promenade autours du parc. Ces parents qui seront toujours nos parents, quand déjà, nous ne sommes plus vraiment des enfants. Ce bonheur de leur montrer qu’ils ont réussi. Ils ont fait de nous des grands. Et dans le jour qui tombe, on parle travail, on parle avenir. De ces petits enfants qui finiront bien par venir. Des prochaines vacances.

La nuit descend vite en cette saison. Papa et Maman reprennent la route. « La prochaine fois, ce sera à la maison, d’accord? »

Ce petit bonheur là devrait durer toujours.

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