Petit bonheur numéro seize : faire une bataille de boules de neige

"Ah ça... Ils vont voir ce qu'ils vont voir!"

« Ah ça… Ils vont voir ce qu’ils vont voir! »

Ce petit bonheur là a beau être froid, il donne chaud…

A peine levés, les premiers cris ont retenti derrière les carreaux de la cuisine : « Il a neigé! ». Le petit déjeuner est expédié, dès fois que le soleil du matin aurait raison des 10cm de neige. Puis, l’écharpe jusqu’au nez, la buée sur les lunettes, et les gants serrés aux poignets. C’est parti.

D’abord, on s’accroupit derrière un talus. A l’abris du vent, on constitue les réserves… Le secret, c’est de tasser une première couche de neige rapidement entre les gants, pour éviter qu’elle ne fonde, puis de rouler la boule dans la poudreuse. Les boulets de canon s’amoncellent. Puis soudain, une première salve frôle le bonnet. Les boules s’écrasent sur les arbres autour, l’une d’elles vient même nous frapper en plein dos, alors que l’on se baissait justement pour récupérer nos munitions.

Pas question d’en rester là.

On attrape la neige tassée et on renvoie aussitôt à l’expéditeur. La réserve s’épuise. Il faut aller se mettre à l’abris, le temps de refaire quelques boules. Tout en jetant les dernières cartouches, on prend la direction du vieux poulailler, dans la forêt. Celui-là même qui est interdit aux enfants, il menace de s’écrouler.

Derrière le mur décrépit, en traitre, on rappelle en hurlant aux plus jeunes l’interdiction de s’approcher. Et se faisant, on amoncelle les boules de cette neige bien neuve et encore immaculée qui tapisse le toit du poulailler bancal.

Mais les novices ont beau ne pas avoir trente ans d’expérience de bataille derrière eux, ils ont plus d’astuces et de jugeotte que le vieux général caché derrière la maison des poules. La neige étouffe le bruit des pas. Les petits pieds se glissent dans nos traces. Et, tandis qu’on braille encore l’interdiction d’approcher, ils se cachent derrière les branches du grand sapin.

Nous voilà sortis de la cachette, plein de boules de neige dans les bras, cherchant à gauche, cherchant à droite, quelques signes de vie des affreux jojos qui, c’est sûr, n’attendent qu’une erreur de notre part pour nous sauter dessus….

Vlan…

Au moment où nous passions sous le sapin, perchés sur les premières branches, ils secouent à tout va l’arbre cinquantenaire… Et les paquets de neige nous aveuglent, nous coulent dans le cou, nous font hurler autant de rage que de surprise. La réserve de boules tombe à nos pieds. C’est foutu. Alors pour ne pas trop perdre la face, et aussi parce qu’on essaie de leur expliquer qu’il faut savoir perdre, on éclate de rire. Tant pis pour cette fois…

Et tandis que les enfants descendent de l’arbre en riant, discrètement on ramasse les boules les plus intactes. Une dans chaque main. Et vlan! et paf!

Ben quoi… on avait pas encore dit « pouce »…

Ce petit bonheur là, c’est comme la vengeance, ça se mange froid…

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