Petit bonheur numéro dix : finir son livre

"Mais y a pas une suite? Pourquoi y a pas une suite? Je vais écrire une suite..."

« Mais y a pas une suite? Pourquoi y a pas une suite? Je vais écrire une suite… »

Plus que 4 pages…

Cela fait déjà quelques jours qu’inéluctablement, la fin approche. Une petite semaine qu’à raison de dix ou douze pages par jour, le dernier chapitre se profile.

Hier déjà, ça a failli arriver.

Mais la main a reposé le livre et rangé les lunettes.

« Tu finis pas ton livre? »

« Non, je le garde pour demain ».

Depuis longtemps déjà, on sait quel sera le dénouement. On sait bien que le héros finira sa vie heureux et vieux dans une ferme périgourdine, entourée de la nombreuse progéniture que la jeune écervelée apparue page 111 aura le courage de bien vouloir porter. On sait bien que l’ainé de la famille portera le prénom de l’adjuvant qui page 326 a sauvé notre héros d’une mort lente et douloureuse. On sait aussi que, puisqu’il ne reste que quatre pages, nous ne saurons rien du mariage. Nous ne saurons pas non plus si la maison aura un pommier dans le jardin ou bien un poirier dans la cour.

Qu’importe.

L’auteur a t-il vraiment besoin de nous le dire.

Les mots défilent. On tente de ralentir le rythme, de savourer… Rien à faire. La gourmandise est telle que parfois, nos yeux sautent quelques lignes. Rien que pour le bonheur de revenir lire deux ou trois mots plus haut, deux ou trois secondes de plus grapillées sur l’inexorable.

Et invariablement, le dernier mot aimante l’iris. L’oeil refuse de se détacher, tandis que le sourire rêveur flotte déjà. Cet instant se savoure. L’inconscient commande à l’oeil de rester un peu. Ce dernier mot, c’est le trou de la serrure. C’est ce qui se passe après et que l’on ne saura jamais.

Et le conscient sait que c’est aussi la clé pour rester seul(e) quelques secondes de plus. Impossible de déranger celui qui termine son livre. On garde le silence. La saveur  de l’ultime phrase roule en bouche. C’est donc ainsi que cela fini… Le temps reste en suspens. Les mots restent et l’esprit vagabonde. Et c’est encore un morceau de bonheur.

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