Petit bonheur numéro trois : éplucher une clémentine

Jamais une erreur, les mots ne mentent pas. P.E

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17h approche à l’horloge. Il commence à faire faim. Un petit creux qui travaille l’estomac et pince doucement ma concentration.

A bout de volonté, je finis par céder. Mais le temps des bonnes résolutions n’étant pas si loin, le carnet bien en vue dans mon tiroir depuis trois jours (confère mon premier petit bonheur), impossible de céder aux appels de la machine à gourmandises. Ni d’ailleurs à ceux pourtant lancinants de la boite de chocolats à peine entamée. Alors, un peu par dépit, un peu par fierté, j’opte pour l’encas glissé dans la poche ce matin… Une clémentine.

A peine dans la paume, sa peau de creux et de bosses s’imprime tendrement sur ma ligne de vie. Sa rondeur, tout juste aplatie à un bout, un peu enflée à l’autre, semble s’assouplir sous la pression du doigt. C’est le pouce qui donne l’assaut. L’ongle s’enfonce et déchire l’orangé épais. Aussitôt, les doigts prennent une odeur douce et sucrée, une odeur de souvenir. Vient alors l’étape du défi : déshabiller le fruit en une seule pelure. A chaque centimètre dénudé, la fragilité de l’habit nous fait craindre l’échec. Les nervures se dessinent, alors que la clémentine tourne entre les doigts. La voilà nue. Sa robe danse, pincée entre le pouce et l’index. L’orange est moins vif. Les veines blanches soudent les quartiers. Il faut encore une fois mettre le pouce à contribution. Il s’enfonce dans le creux, au sommet du fruit. C’est cet instant là, le bonheur.

Chaque petite part se détache. Et se distribue. On ne mange pas seul(e) une clémentine, on la partage. Les quartiers passent de main en main, les doigts s’imprègnent de cette odeur d’hiver, le haut des phalanges poisse un peu.

Soudain, glissée entre les lèvres, juste sous les canines, la chaire explose. Le goût ressemble à l’odeur.

Et c’est aussi ça le bonheur.

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Une réflexion sur “Petit bonheur numéro trois : éplucher une clémentine

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